Les personnes en arrêt maladie prolongé perdent leurs revenus plus rapidement que beaucoup ne le pensent : le maintien légal du salaire prend souvent fin au bout de quelques semaines seulement. Que couvre l'indemnité journalière de maladie, à qui s'adresse-t-elle et à quoi devez-vous prêter attention en 2026 lors de la souscription d'un contrat ?
Une maladie grave soulève non seulement des questions d'ordre médical, mais aussi, très rapidement, une question très concrète : de quoi vais-je vivre si je ne peux pas travailler pendant une longue période ? En Suisse, la réponse est plus décevante que beaucoup ne le pensent. En effet, contrairement à ce qui se passe en cas d’accident ou de chômage, il n’existe pas d’assurance obligatoire en cas de maladie qui compenserait la perte de revenus. C’est précisément cette lacune que comble l’indemnité journalière en cas de maladie.
Le cadre légal : le maintien du salaire avec une date d’expiration
Conformément à l’article 324a du Code des obligations (CO), les salariés ont droit au maintien du salaire s’ils sont absents pour cause de maladie sans faute de leur part – mais uniquement « pendant une durée limitée ». Au cours de la première année de service, cette période est de trois semaines, puis d’une «durée raisonnablement plus longue», que les tribunaux ont précisée à l’aide des «barèmes» : les barèmes de Berne, de Bâle et de Zurich accordent, en fonction de l’ancienneté, un maintien du salaire allant de quelques semaines à plusieurs mois. Par exemple, une personne qui tombe malade après cinq ans d’ancienneté perçoit, selon le barème applicable, environ deux à trois mois de salaire complet – puis plus rien. En cas de maladie d’une durée d’un an ou plus, l’absence d’assurance entraîne une perte de revenus considérable, car une éventuelle rente AI n’est versée qu’après un délai d’attente d’au moins un an.
Qu’est-ce que l’indemnité journalière en cas de maladie ?
L’assurance indemnités journalières en cas de maladie (KTG) remplace une partie du salaire en cas d’incapacité de travail pour cause de maladie – généralement 80 % du gain assuré pendant 720 ou 730 jours au maximum sur une période de 900 jours. Elle peut être souscrite sur deux bases juridiques : en tant qu’assurance d’indemnités journalières selon la loi sur l’assurance-maladie (LAMal, art. 67 et suivants) ou – forme aujourd’hui largement dominante – en tant qu’assurance de droit privé selon la loi sur le contrat d’assurance (LCA). La variante LAMal prévoit certes une obligation d’admission, mais celle-ci est devenue pratiquement sans importance en ce qui concerne le montant des indemnités journalières assurables. Dans le cadre de la solution LCA, les prestations, les primes et l’examen de santé font l’objet de négociations ou sont fixées contractuellement.
Collectif ou individuel ?
La plupart des salariés sont couverts par une assurance collective d’indemnités journalières en cas de maladie souscrite par leur employeur. Il n’existe pas d’obligation légale générale à cet égard, mais de nombreuses conventions collectives de travail (CCT) la prescrivent, et elle est très répandue dans la pratique. Un délai d’attente de 30, 60 ou 90 jours est habituel, pendant lequel l’employeur continue de verser le salaire ; passé ce délai, l’assurance prend en charge 80 % du salaire pendant 720 jours en règle générale. Important : en cas de doute, renseignez-vous auprès du service des ressources humaines pour savoir si vous êtes assuré(e) et selon quelles modalités – le règlement du personnel ou le contrat de travail vous fournira ces informations. Les personnes qui ne bénéficient pas d’une couverture collective, en particulier les indépendants, les freelances et les dirigeants de petites entreprises, doivent prendre elles-mêmes les dispositions nécessaires : en souscrivant une assurance individuelle d’indemnités journalières en cas de maladie. Pour les indépendants, il s’agit de l’une des assurances les plus importantes qui soient, car pour eux, la perte de leur capacité de travail entraîne la perte totale de leurs revenus – et ce, dès le premier jour.
Le moment délicat : changement d’emploi et départ de l’entreprise
Un point souvent négligé est le transfert : si vous quittez une entreprise, la couverture de l’assurance collective prend en principe fin. Conformément à la LCA, les assurés ont généralement le droit, dans un délai déterminé (souvent de 30 à 90 jours, selon les conditions générales d’assurance), de passer à l’assurance individuelle auprès du même assureur – le plus souvent sans nouvel examen de santé, mais à des primes nettement plus élevées. Les personnes déjà en mauvaise santé ou qui entrent dans une période de chômage ne doivent en aucun cas manquer ce délai de transfert : selon la LCA, une nouvelle adhésion ultérieure avec une affection préexistante n’est souvent possible qu’avec des réserves, voire pas du tout. Les chômeurs qui quittent une assurance collective disposent en outre de droits de transfert particuliers ; les assureurs sont tenus de les en informer.
Distinction : accident, invalidité, maternité
L’indemnité journalière en cas de maladie couvre la perte de gain due à une maladie. En cas d’accident, c’est l’assurance-accidents obligatoire selon la LAA qui intervient ; elle verse 80 % du gain assuré à partir du troisième jour. Si l’incapacité de travail se prolonge, l’assurance-invalidité (AI) prend le relais au plus tôt après un an, avec des rentes ou des mesures de réadaptation – l’indemnité journalière de maladie constitue donc la prestation relais classique entre le maintien du salaire et l’AI. Le congé de maternité, quant à lui, relève du régime des allocations pour perte de gain (APG) et ne relève pas de l’indemnité journalière de maladie ; en revanche, les absences pour cause de maladie pendant la grossesse en relèvent.
À quoi faut-il veiller lors de la souscription ?
Tout d’abord, le délai de carence : plus il est long, plus la prime est avantageuse – les indépendants disposant de réserves peuvent réaliser des économies avec un délai de carence de 30 ou 60 jours, mais doivent prévoir cette période de transition de manière réaliste dans leur budget. Deuxièmement, la durée des prestations : la norme est de 720/730 jours ; des durées plus courtes permettent d’économiser sur la prime, mais créent un vide financier précisément au moment où la situation devient grave. Troisièmement, à la définition de l’incapacité de travail et à une éventuelle orientation vers une « autre activité raisonnable » après un certain temps. Quatrièmement, à la déclaration de santé : il faut répondre de manière complète et sincère aux questions de l’assureur (art. 4 et 6 LCA) ; le non-respect de l’obligation de déclaration peut autoriser l’assureur à résilier le contrat et à refuser de verser des prestations – dans le pire des cas, en plein milieu d’une maladie. Cinquièmement, la coordination avec la caisse de retraite et l’AI : les prestations sont harmonisées entre elles, ce qui exclut toute surindemnisation.
Quel est le coût de cette sécurité ?
La prime dépend de l’âge, de la profession, du revenu assuré, du délai d’attente et de la durée des prestations. Pour les indépendants, elle se situe souvent – à titre indicatif et selon le secteur d’activité – entre 1 % et 4 % du salaire annuel assuré. Cela peut sembler élevé, mais ce chiffre se relativise rapidement : un revenu annuel de 90'000 francs, indemnisé à 80 % pendant deux ans, correspond à une prestation potentielle de 144'000 francs. Compte tenu de la hausse continue des coûts de santé et du fait que les maladies psychiques et les absences de longue durée ne cessent d’augmenter depuis des années, le rapport qualité-prix de cette couverture est en 2026 plus convaincant que jamais.
Licenciement, vacances, capacité de travail partielle : les aspects secondaires délicats
L'indemnité journalière en cas de maladie soulève au quotidien des questions qui vont au-delà du simple maintien du salaire. Tout d’abord, la protection contre le licenciement : après l’expiration de la période d’essai, l’employeur n’a pas le droit de licencier un salarié pendant une maladie – les délais de protection prévus à l’art. 336c CO sont de 30 jours au cours de la première année de service, de 90 jours à partir de la deuxième et de 180 jours à partir de la sixième. Le droit aux indemnités journalières et la protection contre le licenciement sont toutefois deux choses bien distinctes : dans le cadre d’une assurance collective, les indemnités journalières assurées continuent en principe d’être versées pour le cas de maladie en cours, même si le contrat de travail prend fin – ce sont les conditions contractuelles qui prévalent. Deuxièmement, le départ de l’entreprise : quiconque change d’emploi ou perd son poste dispose, dans de nombreux contrats collectifs, d’un droit de transfert vers une assurance individuelle, qui doit être exercé dans un délai court – souvent de 30 à 90 jours ; ceux qui ne le font pas se retrouvent sans couverture et doivent se soumettre à un nouvel examen de santé. Troisièmement, la capacité de travail partielle : si une personne est en incapacité de travail à 50 %, les assureurs versent généralement une indemnité journalière proportionnelle ; de nombreuses conditions prévoient une incapacité minimale de 25 ou 50 %. Et enfin, les obligations des assurés : remettre les certificats médicaux dans les délais impartis, ne prendre des congés pendant un arrêt maladie qu’avec l’accord du médecin et en concertation avec l’assureur, ne pas refuser les traitements raisonnablement exigibles – l’obligation de minimisation du préjudice s’applique également ici. Connaître ces aspects secondaires permet, en cas d’urgence, de ne perdre ni argent ni sang-froid.
Conclusion
L’indemnité journalière en cas de maladie est le pilier invisible de la sécurité des revenus : elle comble le dangereux vide entre la fin du maintien du salaire et une éventuelle rente AI. Les salariés devraient vérifier si et comment leur employeur les a assurés dans le cadre d’une assurance collective, ainsi que les dispositions applicables en cas de changement d’emploi. Les indépendants ne peuvent guère se passer d’une solution individuelle. Ceux qui connaissent les paramètres clés – délai d’attente, durée des prestations, déclaration de santé, droits de transfert – et font un choix éclairé transforment un sujet d’assurance aride en une source de sécurité existentielle.
Mention légale : cet article est fourni à titre d’information générale (état : juillet 2026) et ne remplace pas un conseil personalisé. Les dispositions légales (notamment le CO, la LAMal, la LCA et la LAA) ainsi que les conditions générales d’assurance de chaque prestataire font foi.

Ajouter un nouveau commentaire: